Témoignages des jeunes

Confiné·e·s à La Fontanelle, les jeunes nous confient leurs ressentis, leurs impressions et leurs questionnements sur l’avenir.

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Romain, 17 ans, Genève, à La Fontanelle depuis 5 mois

J’ai passé une partie du confinement au foyer. Cette situation a été difficile à accepter. Je n’ai pas trop aimé le fait que l’État décide de tout, ça m’a un peu révolté. Lorsqu’on sortait avec le foyer, je voyais que les gens qui nous croisaient étaient suspicieux alors qu’on avait les autorisations et que l’on gardait les distances. C’était pénible, même si j’ai bien compris la gravité de la situation: on a été très sensibilisés.

Pendant le confinement, notre quotidien au foyer a un peu changé: on a continué à livrer du bois, mais les commandes ont baissé. On a donc eu des horaires un peu allégés. En plus de ça, on a aidé une fois par semaine des agriculteurs dans le cadre des journées solidaires. Plusieurs d’entre eux avaient déjà accueilli des jeunes et en ces temps difficiles, c’était à nous de leur venir en aide. Je me suis senti valorisé et j’ai considéré cette expérience comme un cadeau de la part des agriculteurs, qui m’ont permis d’avoir de l’estime pour moi.

Avec cette crise, je me suis rendu compte de la crainte et de l’individualisme de l’être humain: tout le monde s’est rué sur la nourriture à l’annonce du confinement. Et j’ai remarqué que si le monde économique s’arrête, tout part en cacahuète. Sauf peut-être pour la planète! Cette situation m’inquiète: je quitte bientôt le foyer et j’ai peur de ne pas trouver de place d’apprentissage. Je pense à tous ces gens licenciés et ça m’angoisse.

 

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Loriane, 15 ans, Jura, à La Fontanelle depuis un mois

Le confinement, je l’ai vécu dans ma famille. Je faisais attention, je gardais les distances et cette période a été plutôt positive. Les restrictions imposées étaient justes. Il fallait vraiment faire attention aux autres. Personnellement, je ne restais qu’avec des jeunes.

Après ça, j’espère franchement que les gens vont apprendre à se laver les mains et à acheter consciencieusement. On prend ce dont on a besoin et c’est tout. Il faut penser aux autres, qui ont les mêmes besoins que nous.

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Luca, 15 ans, Chaux de Fonds, à La Fontanelle depuis 5 mois

J’ai passé tout mon confinement au foyer et même si ça s’est bien passé, c’était long et frustrant. Au début je n’ai pas eu peur, j’y croyais pas! Puis tout le monde a commencé à en parler et là je me suis rendu compte de la situation. Mon arrière grand-maman a été malade. Ça m’a aidé à réaliser que c’était réel, qu’il fallait continuer à faire attention. Il ne faut pas fermer les yeux sur la situation sinon ça n’ira jamais mieux.

Par contre, je ne comprends pas les gens qui se sont rués sur la nourriture par exemple. On est en Suisse, on aura toujours de quoi se nourrir. Certains ont vraiment exagéré, car je me dis qu’on est bien mieux loti que dans d’autres pays.

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Tamara 16 ans, Bulle, depuis une semaine et demie à la Fontanelle

J’ai passé le confinement dans un autre foyer, dans lequel on ne pouvait rien faire: on ne pouvait pas sortir faire nos courses et puisqu’on devait limiter les déplacements, je n’ai pas pu rentrer chez moi pour les week-ends. Pendant cette période j’ai réalisé à quel point le pouvoir de l’état sur nous était grand, il peut nous enlever des droits du jour au lendemain!

Ça a été difficile pour moi de partir en camp à peine arrivé à La Fontanelle. Je ressentais le besoin d’avoir un peu de temps pour moi et finalement, tout s’est bien passé. On a fait beaucoup de marche et on a eu l’occasion d’aider des paysans, de travailler dans un alpage. Les travaux en eux-mêmes n’étaient pas forcément très intéressants, mais utiles. J’ai compris que ce camp était lié à la crise du Covid-19, que les personnes que nous avons aidées en avaient vraiment besoin. Mais pour moi, on ne devrait pas avoir besoin d’une pandémie pour se rendre compte que l’entraide est très importante.

Je pense que cette crise ne changera rien: les personnes généreuses le resteront et les autres reprendront leur vie normale une fois la crise passée. Il y aura toujours des gens du type « chacun pour soi ».

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Deniel, 15 ans, Jura, à la Fontanelle depuis 9 mois

Pour moi, ça a été particulier: j’ai passé le confinement chez moi. J’avoue que je suis arrivé chez ma mère comme un pacha. Et très vite j’ai commencé à avoir des symptômes: je me sentais très faible, j’avais des courbatures, une grosse toux, mal à la tête. J’avais fait un stage dans la région de Verbier, qui a été très touchée par le virus.
Je suis sorti une fois et me suis pris une amende. Bien sûr, j’ai fait attention avec les distances et je comprends tout à fait qu’il faille protéger les personnes à risque, mais j’ai trouvé frustrant d’en voir certaines qui ne faisaient pas du tout attention à elles.

Pendant le confinement je me suis rendu compte à quel point on était égoïstes. C’est du délire! On s’est rué sur du désinfectant et on s’est tapé dessus pour du papier toilette. J’ai aussi réalisé que la vie pouvait basculer du jour au lendemain! Ce virus c’est quelque chose qu’on ne voit pas, mais qui fait des ravages.

Je m’étais inscrit dans ma région pour faire les courses pour les personnes à risque. Je pense que cette crise est à double tranchant: soit on a pu réfléchir à la notion de partage et à notre égoïsme, soit on se prépare à une deuxième vague et la peur nous rendra encore plus individualistes!

Je suis proche de la nature: je viens du Jura et je fais beaucoup de cheval. Je suis inquiet, car quand je vois tous les déchets issus des masques et des désinfectants, je me dis que ça va être horrible. Soit on réalise qu’en faisant des efforts le monde se porte mieux et on continue comme ça, soit on reprend nos vieilles habitudes dès la crise passée. Je pense que ma génération est déjà sensibilisée aux questions écologiques. La preuve: Greta Thunberg rassemble des milliers de jeunes! Mais malheureusement, l’être humain bouffe tout, sans penser à la planète et aux animaux. S’il y a de l’argent en jeu, il ne fait aucun effort.

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Mélodie, 15 ans, Lausanne, depuis une semaine et demie à La Fontanelle

J’ai vécu le confinement chez ma mère. Je n’aime pas rester à l’intérieur, il fallait que je sorte.
Je trouve que les restrictions qui nous ont été imposées étaient extrêmes, exagérées, au point de nous mettre de véritables barrières. Et au final, on nous annonce du jour au lendemain un déconfinement, alors que ce n’est pas la fin, le virus est toujours là. La réouverture s’est faite très rapidement, c’est risqué.

Beaucoup de gens semblent ouvrir les yeux sur les problèmes environnementaux depuis la pandémie. Mais je trouve que l’on aurait dû réaliser cela beaucoup plus tôt. On agit trop tard, on attend toujours la crise pour faire quelque chose. De mon côté, je suis très nature. J’ai horreur de tout ce qui détruit la planète. On fait des manifestations, on s’engage, mais j’ai l’impression que cela ne change rien. La société en général a l’air de s’en foutre, c’est chacun pour soi. J’ai l’impression qu’une fois que cette crise sera passée, il restera la peur. Les gens vont reprendre leur quotidien, mais avec cette peur dans un coin de la tête, ce qui risque de les rendre très égoïstes.

Avant le camp à la montagne je ne me sentais pas prête à marcher pendant quatre jours. Mais au final, ce n'est pas si terrible que ça! Nettoyer la bergerie, guider des ânes... en ville, je n’aurais jamais vécu tout ça. Ça m’a aussi permis de réfléchir et j’ai eu comme un déclic: la vie n’est ni toute rose, ni toute noire et je dois trouver mon équilibre dans les moments où tout n’est pas parfait.

Pendant ce camp, ça m’a fait plaisir d’aider des personnes plus âgées. En tant qu’adolescente, on a de l’énergie à revendre et c’est bien de la mettre à profit. Ces personnes ont aidé leurs anciens et c’est à présent à nous de les aider.

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Baptiste, 16 ans, Bulle, à La Fontanelle depuis 2 mois

Le confinement je l’ai passé à moitié au foyer et à moitié chez moi. Ça a été compliqué: je me suis chopé trois amendes à cause des distances. Bien sûr, j’ai compris qu’il fallait faire attention aux personnes à risque, c’est important. D’ailleurs, je n’ai pas approché mon grand-père pendant plusieurs mois. Pour moi, ça fait partie du respect de base. Personnellement, j’ai continué à sortir, parfois à plus de cinq. Mais on restait entre jeunes. Je suis d’avis qu’on devait être confiné soit totalement, soit pas du tout. Cet entre-deux était difficile à gérer.

Pendant les journées solidaires chez les agriculteurs on a dû faire des travaux durs, longs et répétitifs. Mais c’était cool de venir en aide et je respecte clairement leur travail! Ces gens travaillent des heures et des heures tout en ayant une vie de famille. Ça m’a fait plaisir de rencontrer des personnes très ouvertes. J’avais le cliché des paysans fermés d’esprit et racistes et ce n’était pas du tout le cas!

Je pense que cette crise a eu des effets positifs: on s’entraide plus, ça nous a unis, on pense à nos proches… J’espère que ça va continuer comme ça.

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Nora, 16 ans, Genève, à La Fontanelle depuis 5 mois

Ce confinement, je l’ai vécu en partie chez ma soeur et en partie à La Fontanelle. Quand je suis revenue au foyer, il y avait un nouveau groupe. J’avais peur, mais finalement on s’est toutes très bien entendues.

Quand on nous a dit qu’on allait devoir passer deux mois au foyer, ça m’a fait super peur, ça m’a paru impossible. Alors j’ai fugué. Mais maintenant, avec le nouveau groupe, ça se passe bien.

J’aime les camps que La Fontanelle propose. Mon premier s’est déroulé au Maroc. Ça a été une grosse claque et une prise de conscience. J’ai apprécié le camp en montagne. J’appréhendais de partir quelques jours avec les nouvelles du foyer, de me retrouver toute seule, mais on a rapidement trouvé une bonne dynamique de groupe. On a dormi sous tente et travaillé dans des alpages.
Bien sûr, j’étais heureuse d’aider. Mais je l’ai aussi fait par plaisir! C’est une expérience super gratifiante, car les personnes avec qui on a travaillé étaient très reconnaissantes.

Quand je suis retournée au foyer, ça m’a ébloui à quel point la nature était verdoyante! Moi, l’écologie, c’est dans mon éducation: je ne fais pas les magasins, je mange local, j’ai été habituée à ce style de vie et je remarque aujourd’hui que c’est une chance et que ce n’est pas le cas de tous les jeunes de mon âge.

Ce moment de pause m’a fait du bien, m’a fait ouvrir les yeux sur certaines choses. J’avoue que le retour à Genève m’effraie, les tentations ne sont vraiment pas les mêmes.

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