La grande majorité des bébés qui viennent au monde dans notre société occidentale ont été désirés et planiés. Leur arrivée vient combler, en quelque sorte, une envie d’enfants. Une envie de bonheur également, qui entraîne un changement radical du statut et du positionnement des parents. Car père et mère vont tout mettre en œuvre pour rendre leur progéniture heureuse, quitte à se surmener. Un jour, l’enfance cède la place à l’adolescence, le jeune va entreprendre de s’envoler. Le décollage est loin d’être facile...

2017 a été une année privilégiée pour La Fontanelle; à travers les manifestations organisées pour fêter ses 30 ans, elle a eu l’occasion de multiplier les rencontres. Les échanges avec des parents d’adolescents aux prises à des difficultés non pas exacerbées, comme elle en a l’habitude, mais ordinaires, l’ont amenée à ce constat: la famille s’est métamorphosée en profondeur.

Les changements intervenus au cours des soixante dernières années n’y sont pas étrangers. Robotisation des tâches ménagères, régulation des naissances, amélioration de la formation des filles, intégration professionnelle des femmes, égalité des droits entre hommes et femmes ont contribué à révolutionner le fonctionnement de la cellule familiale. À cela s’ajoute une augmentation du pouvoir d’achat dans une société de consommation proposant une infinité de produits qui ne demandent qu’à être achetés pour rendre nos enfants plus heureux. Car les bons pères et mères que nous sommes devenus ne peuvent plus rien leur refuser, notre épanouissement dépendant du leur.

Les parents vivent aujourd’hui avec la pression permanente de réussir leur mission éducative. Pour y parvenir, ils cherchent naturellement à sécuriser l’environnement dans lequel évoluent leurs enfants, alors que le monde, aussi bien économique que sociétal, vit un bouleversement profond et rapide qui effraie. L’enfant entre dans l’adolescence peu expérimenté, protégé de la plupart des risques, et avec l’habitude de voir la plupart de ses désirs satisfaits rapidement. Il vit en même temps d’importants changements physiologiques, tant sur le plan hormonal que neuronal, qui le poussent à s’émanciper. La plupart des jeunes parviennent à trouver leur chemin parmi les adultes et à s’intégrer avec les outils qu’ils ont reçus, mais certains d’entre eux sont perdus, anxieux, se replient sur eux-mêmes, décrochent du système scolaire. Les parents s’alarment, tentent toutes sortes de solutions pour sortir de l’impasse et voient leurs niveaux de stress augmenter à tel point que certains d’entre eux sont atteints de burn-out parental.

Face à ce désarroi, certaines structures d'aide ont été amenées à adapter l'accompagnement proposé en offrant non seulement un travail avec le jeune, mais aussi avec ses parents, dans une vision systémique de la cellule familiale. Les prochains articles sur l’Association Couple et Famille de Genève et sur l’Institut Gregory Bateson à Lausanne en sont deux exemples. De son côté, La Fontanelle est convaincue qu’accompagner un adolescent, c’est le protéger de ses propres débordements et du monde extérieur parfois sans pitié, mais c’est aussi le responsabiliser en le confrontant peu à peu aux conséquences de ses choix et de ses comportements. C’est aussi se rapprocher de ses parents qui vivent souvent une grande détresse pour les aider à réfléchir à leur mission éducative et à ses limites, raison pour laquelle le rôle de ses antennes locales, proches des familles, a été renforcé. Une nouvelle prestation, baptisé programme Oxygène, sera également proposé en 2018.

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