L’égocentrisme est-il une nouvelle caractéristique de l’adolescence ?

On le sait, l’adolescence s’accompagne de grands chambardements. Quand cela tourne à l’égocentrisme, bien des pères et des mères sont décontenancés. Constater que son enfant passe la plupart de son temps enfermé dans sa chambre ou les yeux rivés sur son smartphone, indifférent à son entourage et réfractaire à toute proposition d’activités collectives, est déstabilisant. Devant ces manifestations qui ressemblent à de l’égoïsme, certains parents s’interrogent : « mais que lui ai-je fait pour mériter ça ? ».

La société moderne a favorisé l’émergence de l’individualisme qui, au sens philosophique, est l’affirmation de l’individu comme un principe et comme une valeur. En devenant parents et en endossant la responsabilité de mener notre progéniture à l’âge adulte, nous déployons désormais beaucoup d’énergie pour mettre en place un cadre épanouissant et négocié, où la parole de l’enfant est prise en compte.

Mai 68, c’était il y a cinquante ans ! On a beaucoup parlé de ce virage sociétal à l’occasion de son jubilé, et vous avez probablement entendu et vu quelques rétrospectives sur le sujet. Elles ont remis en lumière une époque où les priorités collectives prévalaient sur les besoins individuels, faisant souffrir des individualités oppressées. Cette sensation d’étouffement avait porté la lutte pour la libération, dans un contexte où l’augmentation de la productivité autorisait pour la première fois de remettre en question le temps dédié au travail. Échapper à la machine à produire et à consommer pour trouver des raisons motivantes de vivre allait devenir une priorité.

La priorité faite à la réalisation de nos besoins personnelles a-t-elle son revers?

L’individualisme conduit-il à une perte de sens? Dans son travail d’aide à l’insertion, La Fontanelle a eu maintes fois l’occasion de relever une souffrance intérieure diffuse chez les filles et les garçons qu’elle accompagne. Elle est souvent liée au manque de sens à donner à leurs décisions, à leurs engagements et à leurs actes. Elle s’interroge sur la façon d’y répondre car le mal-être généré les empêche fréquemment de prendre leur vie en main. Le voyage humanitaire serait-il une des façons d’y remédier ? Philippe Randin, directeur de Nouvelle Planète, a accepté de partager ici son expérience.

Programme Oxygène, premier point de situation

Depuis janvier, La Fontanelle propose une nouvelle mesure, sous la forme d’un accompagnement ambulatoire familial de type systémique, pour aider les jeunes en difficulté et leurs familles à sortir de la spirale de souffrance et d’échecs dans laquelle ils sont plongés. Esther Larios, cheville ouvrière du projet, nous fait part de ses impressions après la première session.

Le foyer organise un suivi très sérieux durant le placement

Que Julia* soit à La Fontanelle est un soulagement pour moi. C’était devenu vraiment très dur. Tant l’endroit que le cadre imposé aux filles m’ont plu à La Fontanelle. Ma fille est encore en pleine révolte, mais après 5 mois, je remarque déjà des changements chez elle, même si elle le nie. Je la trouve beaucoup plus épanouie.

Killian*, 16 ans, de Genève, depuis deux mois à La Fontanelle

Ici, il y a des hauts et des bas, mais en général, on s’entend tous bien. Si on fait quelque chose de travers, ça pénalise tout le monde. On essaie donc d’être solidaire « Un pour tous, tous pour un ».

Depuis 7 mois à La Fontanelle, Léna*, 17 ans, de Neuchâtel, raconte:

Vivre entourée de filles me faisait peur. Je redoutais les conflits. Au début, j’évitais de créer des liens. Je voulais régler mes problèmes dans mon coin. Mais d’être ensemble 24 heures sur 24 m’a empêché de faire cela. Les filles m’ont aidée à sortir de ma grosse carapace.

Ici, on est jamais seule, constate Mila*, de Fribourg, 17 ans et depuis un an à La Fontanelle

Vivre en communauté était difficile au début. Faire à manger pour dix, mais aussi réfléchir pour dix!

On apprend beaucoup pour notre avenir professionnel et social

 Je crois avoir trouvé assez facilement ma place ici. J’aime l’idée de faire des travaux manuels, qui plus est en groupe. Ça nous permet de discuter, tout en bossant.

Zoé*, 16 ans, de Lausanne, depuis 7 mois à La Fontanelle

Je pense que le fait de ne pas avoir droit à notre téléphone favorise les relations humaines. On crée de vraies relations sociales.

Anne*, maman de Mila*, de Fribourg

Lorsque ma fille était en hôpital psychiatrique, j’avais peur à l’idée qu’elle soit entourée de personnes avec les mêmes problèmes qu’elle. Avec La Fontanelle, je n’ai pas ressenti cette crainte.

La grande majorité des bébés qui viennent au monde dans notre société occidentale ont été désirés et planiés. Leur arrivée vient combler, en quelque sorte, une envie d’enfants. Une envie de bonheur également, qui entraîne un changement radical du statut et du positionnement des parents. Car père et mère vont tout mettre en œuvre pour rendre leur progéniture heureuse, quitte à se surmener. Un jour, l’enfance cède la place à l’adolescence, le jeune va entreprendre de s’envoler. Le décollage est loin d’être facile...

Le passage à l’adolescence n’est facile pour personne, ni pour les parents ni pour les adolescents. Durant cette période souvent conflictuelle, les parents s’interrogent sur leur manière de faire avec leur enfant en pleine mutation biologique et psychologique. Ils ont l’impression de subir la situation sans pouvoir d’action. Dans le cadre de l’Association Couple et Famille, qu’elle codirige en tandem, la thérapeute de famille et conseillère conjugale, Monika Ducret propose des consultations familiales ou parentales. Elle aborde avec nous les observations sur l’adolescence issues de sa pratique.

Responsable du Centre de Thérapie Brève de Lausanne, Guillaume Delannoy aborde avec nous la méthode adoptée à l’Institut Gregory Bateson, centrée sur une vision interactionnelle des problèmes, et comment elle permet d’envisager les rapports parfois conflictuels entre parent(s) et adolescent(s).

Idées noires, accablement, déprime, coup de blues … Souvent passagers, ces comportements peuvent aussi exprimer un mal-être profond chez des jeunes plus fragiles et conduire à la dépression. Des difficultés scolaires, des relations conflictuelles ou une rupture amoureuse sont parfois les déclencheurs de conduites à risque comme la pratique de jeux dangereux, l’usage de drogues, la consommation excessive d’alcool, l’automutilation, voire la tentative de suicide. Dans l’urgence, on a recours à la médication pour contrôler la situation, cependant, il s’agit de ne pas sous-estimer la souffrance exprimée. Quelle alternative thérapeutique proposer?

Chaque parent d’adolescent ou d’adolescente a eu l’occasion de s’en rendre compte. Leur enfant vit d’importants changements physiques accompagnés d’un bouleversement hormonal perturbant. Il a tendance à être émotif, s’interroge sur le sens de la vie et se lance de façon inconsciente dans toutes sortes d’aventures.

Le temps où l’on qualifiait l’adolescence d’âge bête n’est pas si éloigné. La prise de risque inconsidérée, la quête de sensations fortes, les attitudes agressives, y compris à l’égard de ses propres parents, sont des comportements observés chez les jeunes et qui sont généralement mal compris par les adultes. Mais sait-on ce qui se passe dans leur cerveau?

"Est-ce la faute des parents?" me demande-t-on souvent lorsque j'explique la situation compliquée dans laquelle se trouvent les jeunes accueillis à La Fontanelle. Ni oui, ni non. 

En 2017, La Fontanelle organise cinq conférences tout public, complétées par cinq journées expérimentales à l’attention de parents d’adolescents, proposées de Genève à Martigny, en passant par Fribourg, Neuchâtel et Lausanne ! Mais quelle mouche les pique?

La pharmacologie au service du mal-être des jeunes.

Plus anxieux, plus peureux et plus casaniers qu’auparavant, les jeunes que nous accueillons à La Fontanelle prennent plus souvent des médicaments. Ils demandent plus d’attention, de soin, d’écoute et gèrent mal la frustration. Quelques années ont suffi pour confirmer cette tendance. Que s’est-il passé? Faisons-nous face à une nouvelle maladie?

De la structure hospitalière à l'institution éducative, trajectoire.

Céline, 17 ans, a passé six mois à la Chrysalide, l’unité pédopsychiatrique de l’hôpital de Marsens (Fribourg), avant d’arriver à La Fontanelle, il y a une année et quelques jours. Elle a accepté d’évoquer son parcours dans chacune des structures et son passage de l’une à l’autre.

Entretien avec le Dr Holzer paru dans l'Echo d'août 2016.

De nombreux préjugés existent au sujet des médicaments et des maladies mentales chez les jeunes. Le Dr Laurent Holzer, pédopsychiatre et médecin adjoint au Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Lausanne, a accepté de nous apporter son éclairage.

Dossier: Troubles du comportement et médication

À l’adolescence rien n’est encore figé. Comment éviter que les souffrances des jeunes atteints de troubles psychiques conduisent à la rupture, à l’exclusion scolaire, familiale ou sociale? Outre un traitement médical et thérapeutique, les professionnels de la santé préconisent dans certaines situations une prise en charge éducative.

Dossier: Troubles du comportement et médication

Entretien avec la Dresse Otilia Secara, médecin adjointe à la Chrysalide, Hôpital de Marsens (FR), ayant accompagné Céline sur le chemin de l’institution.

Dossier: Troubles du comportement et médication

Alors que par le passé, l’éducation privilégiait l’adaptation au monde extérieur, elle valorise aujourd’hui l’écoute et la compréhension des besoins, dans un contexte qui a notoirement changé. Nés dans une société transformée par les technologies de l’information et de la communication, ces jeunes vivent et vivront avec Internet. Ils sont hyperconnectés, curieux et familiers de l’immédiateté. Mais tout cela a un prix.

Dossier complet paru dans l'Echo de décembre 2015

La conférence sur le thème «Mieux comprendre la nouvelle génération» ayant suscité un vif intérêt, La Fontanelle a cherché à approfondir la question en réunissant à nouveau les consultants et formateurs, Antonia Bachero et Pierre Trivero, pour trouver des pistes concrètes au quotidien lorsque les méthodes d’éducation traditionnelles ne fonctionnent plus aussi bien.

Interview paru partiellement dans l'Echo de juin 2015

Vanessa a séjourné à La Fontanelle de mars 2010 à mai 2011. Elle revient sur cette expérience

Dossier complet paru dans l'Echo de juin 2015

Vifs, puissants psychologiquement, hyperconnectés, les jeunes d’aujourd’hui mettent à mal les méthodes d’éducation traditionnelles. L’incompréhension, source de conflits et de crainte, grandit entre générations. Le journal de l’institution a voulu en savoir plus sur cette jeunesse des années 2000 et sur sa relation « passionnelle » avec le web.

Message du président de l'Association, paru dans le rapport d'activité 2014

Les séjours de rupture - Un pas supplémentaire

Depuis quelques années, le besoin de pouvoir proposer une démarche alternative à nos foyers se fait sentir de plus en plus intensément, par une approche notamment plus courte, plus modulable et différente de l’hébergement traditionnel. Dès le début de son histoire, La Fontanelle a complété ses activités en foyer par des camps itinérants au cœur de la nature et de réels bénéfices ont rapidement été observés.

Avant-propos paru dans le rapport d'activité 2014

Du mercure dans votre terrain ?

Enfants et adolescents ont cette fabuleuse capacité à éponger ce qui se trouve dans leur environnement. Inconsciemment, ils absorbent les attitudes des personnes qui les entourent, le langage, le mode relationnel, les valeurs et bien d’autres choses encore.

Interview paru partiellement dans l'Echo de décembre 2014

Jonathan a séjourné à La Fontanelle d’avril 2008 à août 2009. Il a participé aux différents camps de la structure, fait ses trois phases du programme au foyer et avec Ludovic Vayssière, son éducateur référent à l'époque, il revient sur cette étape importante de sa vie.

Dossier complet paru dans l'Echo de juin 2014

La revue biannuelle de l’institution ouvre le débat sur la problématique de la cigarette. Le dossier explique les options testées dans différents foyers et donne la parole aux médecins et aux spécialistes.