LaFontanelle fille Léna*, 17 ans, de Neuchâtel, depuis 7 mois à La Fontanelle
«Vivre entourée de filles me faisait peur. Je redoutais les conflits. Au début, j’évitais de créer des liens. Je voulais régler mes problèmes dans mon coin. Mais d’être 24 heures sur 24 ensemble m’a empêché de faire cela. Les filles m’ont aidée à sortir de ma grosse carapace. Ici, on essaie toutes de sortir du monde dans lequel on est tombées. Bien sûr qu’il y a des embrouilles mais en général on en parle, et c’est très vite réglé. On connaît nos limites et celles des autres. La relation que l’on a avec nos éducateurs est aussi très importante pour moi. Je n’avais encore jamais vu ça. On peut vraiment parler de nos problèmes avec eux. Ensemble, on fixe chacune nos objectifs. Le fait de ne pas avoir droit à son téléphone peut paraître punitif. Mais personnellement, ça me permet de me tenir à distance de mon milieu d’avant.»

 

LaFontanelle fille Mila*, bientôt 17 ans, de Fribourg, depuis plus d’un an à La Fontanelle
«Vivre en communauté était difficile au début. Faire à manger pour dix, mais aussi réfléchir pour dix! Au foyer, tous nos actes se répercutent sur les autres. On apprend alors à se gérer et à respecter nos besoins autant que ceux de chacun. Ca nous responsabilise. Ici, on n’est jamais seules, ce qui peut être pesant. Personnellement, ça m’a beaucoup aidée: on crée des liens forts, uniques. On se connaît mieux que quiconque. Bien sûr, j’ai parfois peur qu’une fois dehors de La Fontanelle, les filles me manquent. Mais je suis quelqu’un d’assez solitaire donc ça ira. La possibilité d’un foyer mixte ne me plairait pas trop. Nous, les filles, on ne se comporte pas de la même manière lorsqu’il y a des garçons.»

 

LaFontanelle fille Romane*, 16 ans, de Lausanne, depuis 6-7 mois à La Fontanelle
«Je pense que le fait de ne pas avoir droit à notre téléphone favorise les relations humaines. On crée de vraies relations sociales. On fait énormément d’activités en groupe, et selon le comportement de certaines personnes, toute la dynamique peut être ralentie. Cette vie en communauté, cette collectivité, ne veut pas dire que l’on s’oublie soi-même. Ce que l’on fait, on le fait ensemble mais on apprend aussi à « être » par rapport à nous. Je suis contente que, malgré la vie en foyer, on puisse aussi se ménager des moments pour nous. Selon moi, vivre en communauté nous apprend à nous adapter, à respecter certaines règles, ce qui est bénéfique pour le milieu professionnel. Je pense que c’est un réel plus pour la vie.»

 

LaFontanelle femme Anne*, maman de Mila*, Fribourg
«Lorsque ma fille était en hôpital psychiatrique, j’avais peur à l’idée qu’elle soit entourée de personnes avec les mêmes problèmes qu’elle. Avec La Fontanelle, je n’ai pas ressenti cette crainte. En découvrant l’endroit et le projet pédagogique, j’ai tout de suite été rassurée et ai fait confiance aux éducateurs et au cadre imposé dans le foyer. Cette confiance, je crois l’avoir transmise à ma fille, qui considère son expérience là-bas comme quelque chose de positif.
Je suis très favorable à cette vie en communauté. J’ai toujours trouvé qu’un sport d’équipe apportait plus qu’un sport individuel, par exemple. Entre elles, les filles s’entraident et se permettent mutuellement d’avancer. De plus, le rythme imposé par La Fontanelle et les différentes tâches qu’elles doivent accomplir dans la maison les responsabilisent. Je reconnais avoir surprotégé Mila durant une période, alors que j’aurais peut-être dû l’encourager à affronter la réalité. Ce qui est fait est fait. En tant que parent, on essaie toujours de faire au mieux. Au final, c’est le foyer éducatif qui lui apprend ce que je n’ai pas réussi à lui transmettre lorsqu’elle en avait besoin. Si Mila semble accepter les règles de La Fontanelle, je remarque qu’à la maison, elle a tendance à oublier ce qu’elle a appris au niveau de l’entraide. Mon défi est donc de garder un cadre chez nous, tout comme il en existe au foyer.
Même si j’ai parfois peur qu’une fois sortie de La Fontanelle, Mila se sente seule, loin de ses amies avec qui elle a tissé de véritables liens, je retiens de cette vie en communauté un magnifique apprentissage qui la rendue plus forte. Je pense qu’il est temps qu’elle sorte et qu’elle affronte la vie. Et je suis sûre qu’elle y arrivera, munie de plus d’outils qu’avant, grâce à La Fontanelle. »

 

LaFontanelle fille Le vieux con et la petite voix, de Elsa*, 15 ans, à La Fontanelle depuis deux mois
«La petite voix, c’est choisir de rester alors que le vieux con pense à fuguer. Le vieux con, c’est me faire penser à toutes les drogues, alors que j’ai une sanction si je fume juste un joint. La petite voix me dit que six mois dans ma vie, ce n’est rien et qu’ici je suis protégée. Le vieux con me rappelle que ma famille et mon copain me manquent et que je suis enfermée. Le vieux con pense que je n’aime pas les autres. Mais les filles sont super, on s’aide beaucoup. La petite voix m’apprend que l’habit ne fait pas le moine et que si je juge les autres, elles aussi peuvent me juger. On a toujours le choix ici, mais on assume les conséquences de nos choix. Jusqu’au camp c’était très difficile, le vieux con prenait toute la place. Mais au Maroc le lien s’est créé avec les éducateurs et mon référent, qui est un exemple pour moi. La petite voix a alors commencé à s’affirmer parce que je me suis sentie accueillie et comprise : quand je suis en colère ici, au lieu de me rejeter, on me prend dans les bras ! Alors je peux rêver à un apprentissage en sortant, où on m’accepterait telle que je suis!»

 

LaFontanelle filleBienvenue a La Fonfon... de Tania*
J’ai débarqué à la Fontanelle le 11 mai 2011, dans l’idée que de toute façon, ça ne servirait à rien. Plus les jours passaient, plus ça me saoulait de rester au foyer. J’avais besoin de ma liberté. Mon premier week-end est arrivé et là, j’ai réussi à ne pas consommer. J’étais fière de moi. Ça n’a pas été si dur que ça.

Maintenant, je suis à ma dernière étape « construction de projet », après seulement 5 mois de placement. Je n’ai pas touché à une seule drogue depuis mon entrée au foyer. J’ai pu faire du tri dans ma vie. Je sais que dès que je sortirai du foyer, je pourrai mettre mon projet en place et je sais qu’il y a des gens qui m’attendent à Genève… Mon placement n’a pas que du mauvais, c’est clair ; mais des fois, c’est compliqué. J’ai envie de péter un câble, de tout laisser en plan et de partir. Mais bon, dans six mois, j’aurai dix-huit ans… et c’est quoi six mois dans une vie ? Malgré tout, j’ai passé de supers moments avec les autres filles, en camps et avec certains éducs. Pleins de souvenirs qui, plus tard, me rappelleront peut-être que ce passage dans ma vie m’a beaucoup aidé.
Petit message aux prochaines : «Assume tes actes et tu grandiras».

 

LaFontanelle filleLes bons choix, par Andréa*
Je ne saurais pas comment l’expliquer ! Dans la vie, on a des choix à faire… Mais moi, je ne fais pas toujours les bons ! Comment faire pour que tout soit facile ? Bah, se changer soi-même ! Plus facile à dire qu’à faire, ça c’est sûr ! Mais si tu ne veux pas finir à la gare de Cornavin, complètement défoncé, sans maison, sans travail, faut se bouger… et maintenant ! Pas dans trente ans ! On essaie, mais purée, comme c’est dur. Choisir entre la vie et la mort, ta mère ou ton père, la richesse ou la pauvreté, l’amour ou la haine, l’espoir ou le désespoir… Franchement, ce sont ces choix qui ne sont pas faciles. Parce qu’à quinze ans, seize ans, voire plus, ils sont impossibles à faire. On a peur de blesser quelqu’un, de ne pas réussir, d’être jugé, de ne plus être aimé, de ne pas choisir les bons … !
Aujourd’hui, je dois avancer. Alors à moi de réfléchir, de prendre mon courage à deux mains et de prendre les bonnes décisions !

 

LaFontanelle femmeUne maman, dont la fille est en fin de placement, nous fait part de son expérience
Avant le placement, la relation avec ma fille était vraiment très conflictuelle, on se disputait beaucoup. Je m’étais alors déjà remise en question, entourée de professionnels. Je commençais à douter en tant que mère, ayant plus ou moins élevé seule ma fille. Durant la prise en charge, j’ai toujours été bien informée de l’évolution de ma fille, et je ne me sentais pas en concurrence avec l’éducateur, avec qui la relation était nécessaire et simple. C’était intéressant d’avoir le point de vue d’un homme. Ensuite le référent local est très vite venu chez nous. Ca a été un soutien de pouvoir parler avec quelqu’un qui me comprend, qui est là et passe un moment à écouter. Ce placement m’a permis de mettre mon énergie ailleurs que dans ma relation avec ma fille. Au début c’était moins visible, mais au fil du temps, j’ai repris contact avec des aspects et des ressources de ma personne qui ne pouvaient s’exprimer auparavant. Je me suis développée en tant que femme, professionnelle, et pas seulement en tant que maman. J’ai été reconnue dans mes compétences sur le plan professionnel et politique.

LaFontanelle filleExtrait d'une lettre de Sophie*, après un passage à La Fontanelle
Sophie est arrivée au foyer des filles en octobre 2006, elle venait de fêter ses 15 ans. Une fois son projet d'avenir construit, elle est retournée à domicile en août 2007 et a été encore suivie par La Fontanelle pendant trois mois. Récemment, elle nous a donné de ses nouvelles. Extraits de sa lettre : 

J’ai maintenant 22 ans, je suis mariée depuis peu et j’ai obtenu mon diplôme d’assistante socio-éducative. Je travaille dans une structure qui accueille des personnes souffrant de handicap mental et de troubles du comportement. A l'époque, mon éducateur de rue et ma mère ont cherché pour moi un foyer loin de Genève, et c’est ma mère qui a trouvé la Fontanelle et qui a voulu que j’y aille. Je me souviens très bien du sentiment d’abandon que j’ai eu lorsqu’elle est partie, le jour de mon admission. C’est plus dur quand c’est sa mère qui demande le placement que si c’est un juge qui décide. La Fontanelle, pour moi, c’est d’abord les camps. C’est sûr, il y a des moments difficiles, où c’est rude, mais ensuite on ne se souvient que des moments magiques. Ce sont les camps qui nous font le plus grandir. Au foyer, la vie ressemble plus à la vie normale, avec ses règles, ses horaires... Mais j’y ai fait des rencontres importantes : Laurence, mon éducatrice de référence, qui m’a accompagnée pendant presque une année, Anne-Marie aussi, la responsable, qui faisait les entretiens de famille, qui a fait le gros du travail sur mes relations familiales.

Le placement a été pour moi un tremplin. J’y ai appris la patience, et surtout je me suis remise à l’écoute de moi-même. Avant, je prenais l’opinion des autres comme la vérité, j’avais besoin d’être aimée. Or, au foyer, il y avait des filles avec qui je ne m’entendais pas, et il a bien fallu que j’apprenne à vivre avec elles. J’ai aussi eu un déclic au camp Canada car il y avait des filles qui faisaient le placement mais qui ne voulaient pas faire d’effort, qui ne voulaient pas changer. Aidée par les éducatrices, j’ai décidé que je ne voulais pas leur ressembler, que je voulais un avenir autre que celui qu’elles étaient en train de se construire.

A la fin de mon séjour en foyer, je suis retournée chez ma mère, tout en étant accompagnée par le référent local (note de La Fontanelle: un éducateur mandaté par La Fontanelle qui vit dans le canton de domicile du jeune). Le premier mois, j’ai fait quelques stages et j’avais trouvé une place d’apprentissage chez une esthéticienne, mais j’ai senti que ce monde était trop superficiel, et j’en avais assez d’être centrée sur moi. J’ai alors demandé à mon référent local, Xavier, de me trouver un stage dans une institution sociale, et c’est comme ça que j’ai découvert ce monde et que j’ai décidé que j’en ferai mon métier. J’étais très jeune (on a même demandé une dérogation pour que je puisse commencer mon apprentissage avant mes 16 ans) J’ai eu des collègues extraordinaires qui ont fait confiance à mes compétences et qui m’ont redonné confiance. Je leur suis très reconnaissante. Mon référent local m’a également bien aidée, il a mis beaucoup d’énergie à me trouver des places de stage. Il est aussi intervenu dans ma famille car la cohabitation avec ma mère et ma sœur n’était pas simple, j’ai dû refaire ma place, et Xavier nous a aidées à trouver un équilibre. Pour conclure, je voudrais remercier tous les éducateurs qui m’ont accompagnée durant et après mon placement !

 

LaFontanelle filleAnna*, 19 ans, fait sa première année d'apprentissage d'assistante socio-educative
«Au début de mon placement, je ne montrais pas mon vrai visage, je pensais qu’ainsi, en faisant celle qui n’avait pas de problèmes, je ressortirai plus vite! Ca a été très difficile pour moi de valider mes semaines. Alors dès que j’y suis arrivée, j’étais super contente, j’allais enfin construire mon avenir, et je n’imaginais pas qu’il y aurait encore des obstacles. Le premier était de savoir où j’allais vivre, car on ne savait pas si je pouvais retourner chez mes parents, ce qui a finalement été le cas. Ensuite j’ai revu mes anciens amis, repris mes mauvaises habitudes, et fugué. Je me suis alors retrouvée en hôpital psychiatrique. Ma référente locale a été très présente, elle m’a beaucoup aidée. J’ai réalisé que c’était à moi de changer les choses, en choisissant le bon chemin. Avec de la volonté on y arrive! C’est lors de mon deuxième séjour à l’hôpital que j’ai donc décidé que j’avais assez galéré. Je croyais avoir une vie, mais je n’avais rien ! J’ai cherché une place de stage d’assistante socio-éducative, et aujourd’hui j’ai pu commencer mon apprentissage. Je me lève le matin, j’apprends, je construis mon avenir. Souvent je me dis «Ah, ça, c’est grâce à la Fontanelle!»  Pour l’instant, mon travail me convient bien. On verra avec le temps.»

 

*Prénoms fictifs